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Votre parenthèse

Guide des soins · Bains et chaleur

Gant kessa et savon noir : le gommage du hammam pas à pas

Un petit gant rêche, une pâte brune à l’huile d’olive, et ces fins rouleaux gris qui se détachent de la peau. Bien fait, le gommage au gant kessa laisse une peau très douce ; trop appuyé ou trop fréquent, il l’irrite. Tout se joue sur la préparation, la pression et le rythme.

Matière
tissu crêpé, souvent en viscose
Préparation
10 à 15 minutes de vapeur
Fréquence
une fois par semaine au plus
Tasse en céramique et linge au bord de l’eau

La première fois, la scène surprend. Quelques passages d’un petit gant rêche sur l’avant-bras, et de fins rouleaux grisâtres se détachent de la peau. Ce sont surtout des cellules mortes de la couche superficielle de l’épiderme, ramollies par la vapeur et mêlées à un reste de savon. Le gommage au gant kessa et au savon noir est le geste emblématique du hammam au Maghreb. Bien fait, il laisse une peau très douce. Trop appuyé ou trop fréquent, il l’irrite. La différence tient à trois choses : la préparation de la peau, la pression de la main et l’intervalle entre deux gommages.

Un gant, un savon et une argile, les trois objets du rituel

Le gant kessa est taillé dans un tissu crêpé, souvent en viscose, dont le grain accroche la peau. Il ne contient aucun produit : c’est sa texture qui exfolie, à condition que la peau ait été préparée. Il se porte comme une moufle, ce qui permet d’appuyer de toute la paume.

Le savon noir, contrairement à ce que l’on croit souvent, n’exfolie pas. C’est un savon mou, obtenu en saponifiant une huile végétale, traditionnellement l’huile d’olive, avec de la potasse, d’où sa consistance de pâte et sa couleur brune. Il nettoie et prépare la peau avant le passage du gant. Préférez un savon noir présenté comme produit de soin plutôt que celui du rayon entretien, et lisez la composition : certains contiennent des parfums ou des huiles essentielles, mal tolérés par les peaux réactives.

Le rhassoul, enfin, est une argile riche en magnésium, extraite au Maroc dans le gisement de Tamdafelt, près d’El Ksabi, dans le Moyen Atlas. Son nom vient d’un mot arabe qui signifie « ce qui lave ». Il se vend en mottes, en plaquettes ou en poudre, que l’on délaie dans l’eau.

Comment utiliser le gant kessa au hammam, geste après geste

Tout commence par la vapeur. Dix à quinze minutes de hammam ramollissent la couche superficielle de la peau. Sans cette étape, le gant frotte sans rien détacher, et l’on appuie davantage pour compenser, ce qui irrite.

Appliquez ensuite une noix de savon noir sur la peau mouillée, en massant légèrement pour l’étaler sur tout le corps, visage exclu. Laissez-le agir cinq à dix minutes, de préférence en retournant dans la vapeur, puis rincez abondamment. Le gant travaille mieux sur une peau rincée, encore humide mais sans mousse.

Mouillez et essorez le gant, enfilez-le, puis frottez par passages fermes et réguliers, en lignes ou en petits cercles, en commençant par les jambes et les bras. Deux ou trois passages par zone suffisent. Si rien ne se détache, la peau n’était pas assez ramollie, et insister n’y changera rien : retournez quelques minutes dans la vapeur. Allégez la pression sur le ventre, l’intérieur des cuisses et le décolleté, où la peau est plus fine. Pour le dos, il faut une seconde paire de mains ; dans les hammams traditionnels, c’est le rôle de la personne chargée du gommage.

Rincez à l’eau tiède, puis plus fraîche, et appliquez aussitôt une crème ou une huile hydratante. L’Académie américaine de dermatologie recommande d’hydrater la peau juste après toute exfoliation, qui la dessèche. Une légère rougeur disparaît en quelques minutes ; si elle persiste ou si la peau chauffe, la pression était trop forte.

À quelle fréquence, et sur quelles peaux

La même Académie résume la règle en une phrase : plus l’exfoliation est agressive, moins on la répète. Le gant kessa est une exfoliation mécanique franche. Une fois par semaine constitue un maximum pour une peau épaisse ou normale ; tous les quinze jours, voire une fois par mois, suffisent largement à une peau fine ou sèche. Une peau qui reste rouge, tire ou picote d’une séance à l’autre vous indique que le rythme est trop soutenu.

Pour une peau sensible, sèche ou à tendance acnéique, les dermatologues américains suggèrent plutôt un simple gant de toilette associé à un exfoliant chimique doux. Si vous tenez au rituel, gardez une pression très légère. Sur les peaux foncées, un gommage trop énergique peut laisser des taches plus sombres : mieux vaut frotter moins fort et moins souvent.

Il y a aussi des moments où l’on renonce. Pas de gant sur une plaie, une écorchure ou un coup de soleil, ni sur une peau rasée ou épilée de la veille. Évitez les grains de beauté en relief, les plaques d’eczéma ou de psoriasis en poussée, et le visage s’il rougit facilement. Si vous utilisez une crème à base de rétinoïdes ou de peroxyde de benzoyle, qui fragilisent déjà la peau, demandez l’avis de votre dermatologue avant tout gommage. Pendant la grossesse, c’est surtout la chaleur du hammam qui appelle la prudence, et l’avis de votre sage-femme.

Le rhassoul, pour finir ou pour les cheveux

Le rhassoul se prépare au dernier moment : quelques cuillerées de poudre délayées dans de l’eau tiède, jusqu’à obtenir une pâte souple et sans grumeaux. Après le gommage, on l’étale en couche fine sur le corps, on le laisse poser une dizaine de minutes, puis on rince avant qu’il ne sèche complètement, pour éviter la sensation de peau qui tire. On l’emploie aussi pour laver les cheveux, à la place d’un shampoing.

Inutile de lui prêter des pouvoirs qu’il n’a pas. C’est une argile qui nettoie et dégraisse, et c’est déjà beaucoup. Si votre peau est très sèche, réservez-le aux zones grasses, ou passez-vous-en : le gommage seul, suivi d’une bonne hydratation, suffit.

Entretenir son gant kessa

Un gant mal séché devient vite humide et malodorant. Après chaque usage, rincez-le longuement à l’eau claire pour chasser savon et résidus de peau, essorez-le sans le tordre, puis faites-le sécher à plat, dans une pièce aérée plutôt que dans la salle de bains. De temps en temps, un lavage en machine dans un filet, à température modérée, le remet en état. Le gant est personnel, comme une brosse à dents : on ne le prête pas. Quand le grain s’use et que le tissu devient lisse, il est temps de le remplacer.

Dernier conseil, si vous n’avez pas de hammam à portée de main : une douche très chaude de dix à quinze minutes, ou un bain chaud, ramollit suffisamment la peau pour un gommage à la maison. Faites-le plutôt le soir ; la peau a ainsi la nuit pour se calmer.

La maison ne propose pas de gommage au gant kessa. Son hammam se vit comme une pause au sein du Parcours des Bains : bassin, vapeur et salon, en soixante minutes. Le Rituel de Pierre associe trente minutes de bains à un massage du corps de cinquante minutes, puis à un temps de repos, sans gommage. Pour la vapeur elle-même, ses effets et ses précautions, la fiche sur les bienfaits du hammam détaille la séance.

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