Guide des soins · Bains et chaleur
Bienfaits du hammam : ce que fait la vapeur, et ce qu’elle ne fait pas
Quarante à cinquante degrés, un air saturé de vapeur, et cette impression de ruisseler au bout de trois minutes. Le hammam a des effets bien réels sur la peau et la détente, d’autres qu’on lui prête trop vite, et quelques situations où il vaut mieux s’abstenir.
- Température
- 40 à 50 °C en général
- Humidité
- proche de 100 %
- Passage
- 10 à 15 minutes, puis une pause

Trois minutes après être entré dans un hammam, presque tout le monde fait la même remarque : « Je transpire déjà ! » Une partie de cette eau n’est pourtant pas de la sueur. L’air y est saturé de vapeur, et votre peau, plus fraîche que lui, la condense comme une vitre froide en recevant sa chaleur. Comme la sueur ne peut pas s’évaporer dans un air gorgé d’eau, le corps perd aussi son principal moyen de se rafraîchir. Les bienfaits du hammam et ses limites tiennent à ce même mécanisme, qui explique pourquoi 45 °C paraissent si intenses.
Le mot vient de l’arabe ḥammām, « bain chaud ». Héritier des thermes romains, le hammam s’est répandu avec l’expansion de l’islam, de l’Afrique du Nord au Moyen-Orient, souvent organisé en plusieurs salles de plus en plus chaudes. En France, la plupart des établissements n’en gardent qu’une, entre 40 et 50 °C.
Une séance de hammam, de la tenue à la dernière douche
Évitez d’arriver juste après un repas copieux : la chaleur est plus difficile à supporter l’estomac plein. Retirez maquillage et bijoux, prenez une douche, et prévoyez un maillot de bain, généralement demandé dans les spas, des sandales et une serviette pour vous asseoir. Si vous avez les cheveux longs, attachez-les.
Pour un premier passage, installez-vous sur la partie basse du banc, là où l’air est un peu moins chaud, et restez dix à quinze minutes. Respirez par le nez si la vapeur pique la gorge. Sortez dès que la chaleur devient pesante, sans viser une durée fixée à l’avance. Une douche tiède puis plus fraîche, un verre d’eau, dix minutes assis : le corps redescend, et vous pouvez retourner dans la vapeur une ou deux fois. Une heure, repos compris, suffit à une séance complète.
Dans la tradition du Maghreb, le gommage arrive après le premier passage, quand la peau est bien ramollie. Le geste a ses règles, détaillées dans la fiche sur le gant kessa et le savon noir. Au moment de quitter le hammam, levez-vous lentement : la chaleur a dilaté les vaisseaux, et un passage trop rapide à la station debout peut provoquer un étourdissement.
Combien de fois y retourner ? Aucune étude ne fixe de fréquence idéale. Une séance par semaine, ou tous les quinze jours, est un rythme courant et confortable. Si chaque visite s’accompagne d’un gommage, espacez davantage : c’est le frottement du gant, bien plus que la vapeur, qui sollicite la peau. Et si vous ressortez d’un hammam vidé plutôt que détendu, la séance était trop longue ou la chaleur trop forte pour ce jour-là.
Ce que la vapeur change vraiment pour la peau
La chaleur humide gorge d’eau la couche superficielle de l’épiderme et la ramollit. C’est ce qui donne cette sensation de peau souple en sortant, et ce qui rend le gommage si efficace au hammam. L’effet reste en surface et ne dure pas : une crème hydratante appliquée après la dernière douche le prolonge mieux qu’un passage de plus dans la vapeur.
La vapeur ne « purifie » pas la peau pour autant. La transpiration ne la nettoie pas et n’évacue pas de toxines, puisque la sueur est faite à plus de 99 % d’eau. Une peau à tendance acnéique n’en ressort pas transformée, et une peau sèche peut même tirer davantage le lendemain si on oublie de l’hydrater.
Certaines peaux supportent mal la chaleur. Dans une enquête de la National Rosacea Society menée auprès de 431 personnes atteintes de rosacée, 54 % citaient le bain chaud comme déclencheur de poussée, et les bains de vapeur figuraient parmi les sources de chaleur mises en cause. Pour l’eczéma atopique, une brochure de la fondation Pierre Fabre consacrée à cette maladie rappelle que la chaleur dilate les vaisseaux et augmente la sueur, qui pique sur les plaques et entretient les démangeaisons. Dans ces deux cas, mieux vaut des passages courts sur le banc bas, ou pas de hammam du tout pendant une poussée. Même prudence avec la couperose et les varices, que la chaleur dilate.
Les bienfaits du hammam, preuves à l’appui quand elles existent
Le premier bienfait est le plus simple : une heure de chaleur douce, sans téléphone, entrecoupée de repos, détend. Les muscles se relâchent, la respiration ralentit, et beaucoup dorment mieux le soir même. Ce constat repose sur l’expérience plus que sur des essais. La recherche sur le bain de vapeur est mince, et presque toutes les études sur la chaleur portent sur le sauna finlandais, à air sec. Leurs résultats ne se transposent pas automatiquement au hammam.
On attribue aussi à la vapeur un effet sur le nez bouché. La sensation de dégagement est réelle pendant la séance, mais une revue Cochrane de 2017, qui a rassemblé six essais et 387 participants, n’a trouvé ni bénéfice ni effet néfaste clair de l’air chaud et humide sur les symptômes du rhume. Certaines personnes asthmatiques supportent mal cet air lourd : si la chaleur vous a déjà gêné pour respirer, demandez l’avis de votre médecin.
Après le sport, le hammam détend, à condition de laisser d’abord le pouls redescendre et de boire avant d’entrer, puisque l’effort a déjà fait perdre de l’eau. Il ne remplace ni le sommeil ni une vraie récupération. Si vous vous êtes fait une entorse ou une élongation, le NHS, le service de santé britannique, conseille d’éviter la chaleur pendant les deux premiers jours pour limiter le gonflement. Quant à l’idée que le hammam ferait maigrir, elle confond l’eau et la graisse : le poids perdu en transpirant revient dès que vous buvez.
Hammam enceinte, et les autres cas où l’on s’abstient
Aucune étude n’a mesuré spécifiquement les effets du hammam pendant la grossesse. Les données disponibles portent sur la chaleur en général. Le réseau américain MotherToBaby rappelle qu’une élévation de la température du corps avant la sixième semaine de grossesse est associée à un risque accru de malformations du tube neural, et recommande de limiter bains chauds et saunas. Dans une cohorte de 23 491 femmes publiée en 1992 dans le JAMA, l’usage d’un bain chaud à remous en début de grossesse était associé à un risque près de trois fois plus élevé de ces malformations.
Beaucoup d’établissements déconseillent donc le hammam aux femmes enceintes, et c’est aussi notre position. Si vous envisagez malgré tout une séance, parlez-en d’abord à votre sage-femme ou à votre médecin.
D’autres situations demandent un avis médical avant d’entrer : maladie cardiaque (angine de poitrine, insuffisance cardiaque, infarctus récent, rétrécissement aortique), hypertension mal équilibrée, tension basse avec tendance aux malaises, antécédent de phlébite. Une fièvre ou une infection en cours justifient de reporter la séance. L’alcool, enfin, n’a sa place ni avant ni pendant : il accentue la baisse de tension provoquée par la chaleur.
Dernier conseil : buvez un grand verre d’eau avant d’entrer, pas seulement en sortant. On aborde la vapeur bien mieux hydraté qu’assoiffé.
Le hammam de la maison, banc de pierre et lumière qui entre par touches, se vit au sein du Parcours des Bains, avec le bassin et le salon, en soixante minutes. Pour l’associer à un soin, le Rituel de Pierre enchaîne trente minutes de bains, cinquante minutes de massage du corps et un temps de repos.
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