Guide des soins · Massages
Massage californien : ce qui se passe vraiment sur la table
Garder sa culotte, le drap qui ne quitte jamais la table, une heure de gestes lents à l’huile : ce qui se passe pendant un massage californien, d’où il vient, en quoi il diffère du suédois et ce que l’on peut honnêtement en attendre.
- Origine
- Esalen, Big Sur, années 1960-1970
- Durée
- 60 minutes, parfois 75 ou 90
- Pression
- douce, gestes longs et continus
- Tenue
- sous-vêtement gardé, sous un drap

« Faut-il tout enlever ? » Avant un premier massage californien, c’est presque toujours la première question, bien avant celles sur la technique ou les bienfaits. Elle est légitime : ce massage se pratique sur le corps entier, à l’huile, et l’on passe une heure allongé, peu vêtu, sous les mains d’une personne que l’on vient de rencontrer. La réponse courte tient en une ligne : on garde son sous-vêtement, et un drap couvre en permanence tout ce qui n’est pas massé. Pour le reste, ce massage né sur la côte californienne se reconnaît moins à ses gestes qu’à son rythme, lent et sans rupture.
Se déshabiller, garder sa culotte, rester couvert
Dans un institut sérieux, l’installation suit presque toujours le même ordre. La praticienne vous montre la suite, vous explique comment vous allonger, puis sort le temps que vous vous déshabilliez. On retire ses vêtements et on garde sa culotte ou son slip ; certains établissements fournissent un sous-vêtement jetable, plus pratique avec l’huile. On s’allonge ensuite sur le ventre, sous le drap ou la grande serviette posée sur la table. Personne ne vous regarde vous changer.
Pendant le massage, le drap ne quitte pas la table. La praticienne découvre une zone, la masse, la recouvre, puis passe à la suivante : une jambe, l’autre jambe, le dos jusqu’à la taille. On appelle cela le drapage, et c’est un savoir-faire à part entière. La poitrine et le pubis ne sont pas massés et restent couverts ; pour les fessiers, les pratiques varient, et rien ne vous empêche de dire que vous préférez qu’on n’y touche pas. Au moment de vous retourner, la praticienne tient le drap soulevé pour que vous changiez de côté dessous, sans vous découvrir.
Si quelque chose vous gêne, la température de la pièce, une zone que vous ne voulez pas qu’on masse, un drap qui glisse, dites-le, à n’importe quel moment. Une bonne praticienne ne s’en formalise pas, et c’est même ce qu’elle attend de vous : elle ne peut pas deviner ce que vous ressentez.
Une heure de massage californien, dans l’ordre
La séance commence souvent par le dos, la zone où l’on se détend le plus vite. La praticienne pose les mains quelques secondes sans bouger, puis étale l’huile par de grands mouvements qui vont des reins aux épaules. C’est le geste de base du massage californien : l’effleurage, long, glissé, appuyé juste assez pour que la peau suive la main. Viennent ensuite des pressions lentes le long du dos, quelques pétrissages des épaules, des lissages de la nuque.
Puis l’arrière des jambes, des chevilles vers les cuisses, avant de vous retourner. Sur le dos, le massage reprend par l’avant des jambes, les bras, les mains, le ventre si vous l’acceptez, les épaules et la nuque, et se termine souvent par le visage et le cuir chevelu. L’ordre varie d’une école à l’autre. Ce qui ne varie pas, c’est la continuité : dans un bon massage californien, une main reste presque toujours en contact avec le corps, même quand l’autre reprend de l’huile.
L’huile est en général une huile végétale neutre, amande douce, tournesol ou jojoba, tiédie entre les paumes ou dans un flacon chauffé. Si vous êtes allergique aux fruits à coque, signalez-le avant de commencer, l’amande douce restant très utilisée. Si l’on vous propose une huile parfumée aux huiles essentielles, vous pouvez la refuser sans avoir à vous justifier.
La séance dure le plus souvent 60 minutes, parfois 75 ou 90. En dessous d’une heure, il devient difficile de masser le corps entier sans presser le rythme, ce qui va contre le principe même de ce massage.
Ce que l’on ressent surprend parfois. Beaucoup de personnes ont chaud, puis lourd, puis perdent le fil du temps ; certaines s’endorment, ce qui n’a rien de gênant. D’autres restent un peu raides les dix premières minutes, le temps de s’habituer aux mains et à l’huile. Il arrive aussi qu’une émotion monte sans raison apparente, une envie de pleurer, un rire nerveux : les praticiens y sont habitués et la laissent passer. À la fin, prenez le temps de vous asseoir avant de vous lever, la tête peut tourner un peu après une heure à l’horizontale.
Big Sur, des sources chaudes et un massage suédois ralenti
Le massage californien vient bien de Californie, et plus précisément d’Esalen, un institut fondé en 1962 à Big Sur par Michael Murphy et Richard Price, deux anciens étudiants de Stanford. Le lieu possède des sources chaudes au-dessus de l’océan, et c’est autour de ces bains que la pratique a pris forme. Brita Ostrom, arrivée à Esalen en 1967, raconte que tout est parti d’un massage suédois assez rapide, celui que l’on pratiquait alors dans les stations thermales de Californie. Les premiers praticiens, selon elle, ont largement improvisé à partir de là.
Ce massage s’est ensuite ralenti au contact de ce qui se pratiquait sur place : les exercices de « conscience sensorielle » de Bernard Gunther, élève de Charlotte Selver, qui consistaient par exemple à soulever un bras très lentement ou à tenir une main sans rien faire d’autre, et les cours quotidiens de tai-chi. De là viennent ce rythme fluide et cette attention au contact plus qu’au travail du muscle. En 1972, The Massage Book de George Downing, écrit dans ce contexte, a fait connaître cette approche bien au-delà de Big Sur.
Sur l’arrivée en France, les récits divergent : selon les sites, le massage californien aurait été créé par telle ou telle thérapeute, à San Francisco ou à Esalen, au début ou à la fin des années 1970. Les versions se rejoignent sur un point : il s’est diffusé en Europe à partir de la fin des années 1970, d’abord dans les milieux de la psychothérapie corporelle, avant de gagner les instituts. Le nom « californien » s’est imposé chez nous, là où les Américains parlent plutôt de massage Esalen.
Californien ou suédois, deux massages qui ne cherchent pas la même chose
Le massage suédois est l’autre grand classique des cartes de soins, et la confusion est fréquente, d’autant que le californien en descend. Le suédois travaille davantage le muscle : pétrissages francs, frictions, percussions du plat ou du tranchant de la main, rythme plus soutenu. On le choisit pour des épaules nouées, des cuisses raides après une course, l’envie de sortir « réveillé ». Le californien garde les effleurages et abandonne presque tout le reste au profit de la lenteur ; on en sort plutôt engourdi, au sens agréable du terme.
Le nom de « suédois » est d’ailleurs trompeur. Il renvoie à Pehr Henrik Ling, fondateur au début du XIXe siècle d’une gymnastique médicale où le massage tenait une place secondaire. La méthode de massage elle-même a été systématisée plus tard par un médecin d’Amsterdam, Johann Mezger, dans la seconde moitié du XIXe siècle, et ce sont des médecins suédois passés par sa clinique qui ont donné aux gestes les noms qu’ils portent encore : effleurage, friction, pétrissage, tapotement. Des mots français, pour un massage dit suédois mis au point aux Pays-Bas.
Pour choisir, la question utile n’est pas de savoir lequel est le meilleur, mais ce que vous voulez sentir en sortant. Plus léger dans les muscles : le suédois. Plus calme : le californien. Et si vous n’aimez pas qu’on appuie fort, le californien reste le choix le plus sûr.
Ce que la recherche dit vraiment des bienfaits
Les pages qui vantent le massage californien lui prêtent beaucoup : meilleure circulation, élimination des toxines, sommeil réparateur, chute du cortisol. Les données sont plus modestes, et plus intéressantes. Une méta-analyse publiée en 2004 dans la revue Psychological Bulletin, qui regroupe 37 études contrôlées, conclut qu’une séance isolée diminue l’anxiété du moment, la tension artérielle et la fréquence cardiaque. Sur une série de séances, les effets les plus nets portent sur l’anxiété de fond et les symptômes dépressifs.
Le cortisol, présenté comme « l’hormone du stress » que le massage ferait chuter, sort moins bien de l’examen : une revue menée en 2011 par le même chercheur, Christopher Moyer, a trouvé un effet très faible, la plupart du temps impossible à distinguer de zéro. Quant aux toxines, aucune étude ne montre qu’un massage en débarrasse le corps. Le foie et les reins s’en chargent sans lui, et le verre d’eau servi après la séance sert surtout à vous réhydrater.
Deux nuances encore. Ces travaux portent sur le massage en général, pas sur le californien en particulier, pour lequel les études spécifiques sont rares. Et ils mesurent surtout des effets de court terme. Ce que l’on peut raisonnablement attendre d’une séance, c’est une heure de détente profonde, une respiration qui ralentit et, chez beaucoup, l’envie de se coucher tôt le soir même. C’est déjà beaucoup.
Les situations où il vaut mieux reporter
Le massage californien est l’un des plus doux, mais il reste un massage du corps entier, et quelques situations imposent d’attendre ou de demander un avis médical. La fièvre, une infection de la peau, une plaie ou une brûlure, coup de soleil compris, se passent de massage le temps de cicatriser. Une douleur inhabituelle au mollet, une jambe gonflée, chaude ou rouge doivent conduire chez un médecin, pas sur une table : ce sont des signes possibles de phlébite, et masser une veine où s’est formé un caillot n’a rien d’anodin.
Une opération récente, un cancer en cours de traitement, une maladie cardiaque, des varices importantes ou une fragilité osseuse justifient d’en parler à votre médecin avant de réserver, puis à la praticienne en arrivant. Pendant la grossesse, le californien classique, avec une longue partie allongée sur le ventre, n’est pas adapté : un massage prénatal se pratique autrement, sur le côté, comme l’explique notre fiche sur le massage de la femme enceinte.
Dernier conseil : réservez le temps qui suit le massage autant que le massage lui-même. Ressortir dans la rue cinq minutes après la fin de la séance, téléphone en main, en efface vite une bonne partie. La maison ne pratique pas le massage californien sous ce nom. Si c’est un massage lent et enveloppant que vous cherchez, le Corps Sur Mesure s’en approche, sur 60 minutes et sur les zones choisies avec vous ; le Grand Massage lui laisse 70 minutes, avec le temps de s’installer et de revenir au calme. Le salon et le patio sont là pour la suite.
Sources consultées
- A Think Tank, Hot Water, and a Touching Experience: The Molding of Massage at Esalen (Brita Ostrom)
- A Meta-Analysis of Massage Therapy Research (Moyer, Rounds, Hannum, Psychological Bulletin, 2004)
- Cortisol Reductions in Response to Massage Therapy: A Comprehensive Qualitative Review (Moyer et al., 2011)
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