Mains abîmées en hiver : pourquoi la peau craque et que faire
Cela commence souvent fin octobre. Les jointures blanchissent après chaque lavage, la peau tire sur le dos de la main, puis une fente s’ouvre au coin d’un ongle et accroche la laine du pull. Des mains abîmées en hiver ne tiennent presque jamais à un simple manque de crème. Elles résultent de gestes ordinaires qui s’additionnent (eau trop chaude, savon, froid sec du dehors, air chauffé du dedans) sur une peau qui part avec un handicap. C’est sur ces gestes qu’il faut agir d’abord. La crème vient ensuite, et encore faut-il savoir la choisir.
Pourquoi les mains s’abîment avant le reste du corps
La paume des mains et la plante des pieds sont les seules zones de la peau dépourvues de glandes sébacées. La paume ne reçoit donc pas ce sébum qui, ailleurs, graisse un peu la surface. Le dos de la main est couvert d’une peau fine, tendue sur les tendons et les articulations, qui se plie et se déplie sans arrêt. Chaque flexion étire les zones déjà sèches, et c’est là, sur les jointures, au bout des doigts et autour des ongles, que les premières fissures apparaissent.
À cette fragilité de départ s’ajoute le lavage. Le savon ne fait pas la différence entre la saleté et les lipides qui cimentent la couche superficielle de l’épiderme : il emporte les deux, et d’autant plus vite que l’eau est chaude. Deux lavages par jour, la peau compense. Dix, elle n’en a plus le temps.
L’hiver referme la boucle. L’air froid contient peu de vapeur d’eau et, une fois réchauffé dans la maison, il devient plus sec encore, si bien que l’eau de la peau s’évapore plus vite qu’en été. Dans les régions où l’eau du robinet est très calcaire, la sensation de peau qui tire s’accentue. On parle de gerçures tant que les fissures restent superficielles, de crevasses quand elles s’ouvrent plus profondément, jusqu’à saigner. La nuance compte : une gerçure se prend en charge à la maison, une crevasse qui saigne mérite un avis médical.
Se laver les mains sans les dessécher
C’est le changement le plus rentable, et c’est le geste que nous conseillons en premier, avant tout achat. L’eau tiède suffit à laver ; l’eau chaude ne nettoie pas mieux, elle dégraisse davantage. Un pain surgras ou un nettoyant sans savon (un « syndet ») remplace avantageusement le savon liquide parfumé. Si vous portez des bagues, retirez-les avant de vous laver les mains quand c’est possible : le savon reste sinon piégé dessous, au contact de la peau.
Le séchage compte autant que le lavage. Tamponnez avec une serviette propre au lieu de frotter, en insistant entre les doigts, puis appliquez une noisette de crème sur une peau à peine sèche. La British Association of Dermatologists le formule sans détour dans ses fiches destinées aux patients : une crème après chaque lavage, et pas une seule fois le soir en guise de rattrapage.
Cela surprend souvent : l’eau seule n’hydrate pas durablement. Elle gorge la surface de la peau pendant quelques minutes, puis s’évapore, et la peau se retrouve plus sèche qu’avant si rien ne la retient. La vapeur en donne une démonstration grandeur nature, comme nous l’expliquons à propos de ce que la chaleur humide du hammam fait réellement à la peau : elle l’assouplit, mais l’effet retombe vite sans crème après la dernière douche. Au lavabo, la logique est la même.
Le gel hydroalcoolique, lui, n’est pas l’ennemi qu’on imagine. Sur des mains qui ne sont pas visiblement sales, la même association de dermatologues le juge moins irritant que les lavages répétés à l’eau et au savon, et précise que le picotement ressenti sur une peau gercée n’est pas un signe d’allergie. Gardez l’eau et le savon pour les mains réellement sales, et pour les périodes où une gastro-entérite circule dans la maison, contre laquelle le gel ne suffit pas.
Une journée ordinaire vue du côté de vos mains
Prenons un exemple construit pour l’illustration, sans rien d’exceptionnel : la vaisselle à la main matin et soir, des légumes à éplucher pour le dîner, une dizaine de lavages de mains au travail, un retour à vélo par 3 °C. Une crème riche chaque soir, et pourtant des phalanges qui restent rouges. Trois moments de la journée l’expliquent.
La vaisselle, d’abord. Eau chaude et liquide dégraissant, c’est exactement ce dont la peau des mains se passerait. Dans sa fiche consacrée aux ongles fragiles, la Société française de dermatologie recommande une double paire, coton dessous et nitrile dessus, pour toutes les tâches ménagères, y compris l’épluchage des fruits et des légumes. Le coton absorbe la transpiration, qui irrite à son tour quand elle stagne. Pour la même raison, les dermatologues britanniques conseillent, sur des mains irritées, de ne pas garder des gants étanches plus d’une vingtaine de minutes d’affilée, de les changer dès qu’ils sont mouillés à l’intérieur et de préférer le nitrile ou le PVC au latex, plus souvent en cause dans les allergies.
Les lavages au bureau, ensuite. Dix lavages sans rien entre deux, ce sont dix dégraissages successifs, que la crème riche du soir ne suffit pas à compenser.
Le vélo, enfin. Le vent froid sur des mains nues accélère le dessèchement ; des gants chauds en tissu, enfilés sur une crème appliquée un quart d’heure plus tôt, protègent sans faire transpirer. Au retour, résistez à l’envie de réchauffer des doigts engourdis sous l’eau très chaude ou contre le radiateur. Le service de santé britannique le déconseille pour limiter les engelures, ces doigts rouges ou violacés qui démangent ou brûlent quelques heures après le froid.
Quelle crème choisir pour des mains sèches ?
Les étiquettes promettent toutes de « nourrir » ou de « réparer ». Plus utile : regarder, dans la liste des ingrédients imprimée au dos (la liste INCI, où les composants sont classés, pour la plupart, du plus au moins présent), à quelle famille appartiennent les premiers d’entre eux. Une bonne crème pour les mains combine en général trois types d’ingrédients, qui ne font pas le même travail.
| Famille | Ce qu’on lit dans la liste INCI | Ce qu’ils font | À savoir |
|---|---|---|---|
| Humectants | glycerin, urea, lactic acid, sodium hyaluronate | Attirent et retiennent l’eau dans la couche superficielle de la peau | L’urée hydrate à faible dose ; plus concentrée, elle exfolie et peut piquer sur une fissure |
| Émollients | butyrospermum parkii (karité), simmondsia chinensis (jojoba), ceramide NP, huiles végétales | Comblent les interstices entre les cellules de surface et assouplissent | Donnent la sensation de souplesse immédiate |
| Occlusifs | petrolatum (vaseline), paraffinum liquidum, dimethicone, lanolin, cera alba (cire d’abeille) | Forment un film qui freine l’évaporation de l’eau | Plus présents dans les baumes et les pommades, à privilégier le soir |
L’urée, très présente dans les crèmes pour les mains, mérite une précision. Une revue consacrée à son usage en dermatologie, publiée en 2020 dans l’International Journal of Clinical Practice, situe son effet hydratant entre 2 et 12 %. De 15 à 30 %, elle sert surtout à assouplir les zones épaissies ; au-delà, elle est réservée à des surépaisseurs très localisées. Pour des mains simplement sèches, une crème à 5 ou 10 % d’urée suffit. Sur des gerçures ouvertes, préférez une formule peu dosée ou sans urée : ce sont les concentrations élevées qui picotent le plus.
La texture se choisit selon le moment. L’Académie américaine de dermatologie conseille une crème ou une pommade plutôt qu’un lait, trop fluide pour protéger longtemps. Une crème légère pénètre assez vite pour reprendre un clavier ou un volant ; la pommade, plus grasse, se garde pour la nuit. Dans les deux cas, choisissez une formule sans parfum, y compris sans huiles essentielles, car les ingrédients parfumants sont des causes fréquentes de réaction sur une peau déjà fragilisée. Une crème qui brûle ou pique à chaque application doit être arrêtée.
Le soin des mains du soir, celui qui compte le plus
La nuit offre ce que la journée refuse : plusieurs heures sans eau, sans savon et sans frottement. C’est le moment d’appliquer la texture la plus riche, en couche généreuse, et de la laisser en place.
- Lavez-vous les mains une dernière fois à l’eau tiède et séchez en tamponnant, entre les doigts compris.
- Sur une peau encore très légèrement humide, appliquez une pommade ou un baume, l’équivalent d’une grosse noisette pour les deux mains.
- Massez une bonne minute en insistant sur les jointures, le tour des ongles et le bout des doigts, là où la peau se fend.
- Enfilez des gants en coton fin pour la nuit : ils gardent le soin sur la peau plutôt que sur l’oreiller.
Si porter des gants la nuit vous gêne, une couche plus fine appliquée juste avant d’éteindre la lumière vaut toujours mieux que rien.
Faut-il gommer des mains abîmées ? Pas tant qu’il reste des fissures : un grain, même fin, irrite davantage une peau ouverte. Une fois la surface redevenue lisse, un gommage très doux de temps en temps suffit, en suivant les règles qui valent pour le gommage du corps au gant kessa : on espace quand la peau est sèche, on évite toute écorchure et l’on hydrate aussitôt après.
Cuticules et ongles, les zones qu’on maltraite sans y penser
Autour de l’ongle, la peau est plus fine et plus sollicitée qu’ailleurs. La cuticule, ce petit bourrelet à la base de l’ongle, fait office de joint entre l’ongle et la peau. La couper ou la refouler à vif expose à des gonflements et à des infections. La Société française de dermatologie est catégorique : ne pas couper les cuticules, ni les détruire avec des produits chimiques. Pour les garder souples, massez un peu de crème grasse ou de vaseline à la base des ongles plusieurs fois par jour.
Les petites peaux qui se soulèvent sur le côté de l’ongle, les envies, appellent la même retenue. Arrachées ou mordillées, elles déchirent la peau saine qui les entoure. Trempez plutôt le doigt quelques minutes dans l’eau tiède pour l’assouplir, puis coupez net, au ras, avec une pince ou des ciseaux à cuticules désinfectés, sans creuser. Une envie qui ne se referme pas en une semaine, ou dont le pourtour gonfle, rougit et fait mal, doit être montrée à un médecin.
L’hiver est aussi la saison des ongles courts. Coupés droit puis légèrement arrondis aux coins, ils accrochent moins et se cassent moins. Pour le vernis, la Société française de dermatologie recommande un dissolvant sans acétone sur les ongles fragiles. Si vous portez du semi-permanent, ne trempez que le bout des doigts dans l’acétone au moment de la dépose, comme le préconise l’Académie américaine de dermatologie, et hydratez dans la foulée. La même académie conseille aussi, de temps en temps, une à deux semaines sans vernis.
Des ongles courts n’obligent pas à renoncer à une jolie main. Un ongle nu bien soigné sous une base rosée, une micro-french de deux millimètres ou un blanc laiteux tiennent très bien sur une longueur réduite, et le magazine Déco Ongle a rassemblé des idées de manucure pensées pour les ongles courts, de la plus discrète à la plus graphique. De quoi garder des mains soignées le temps que la peau se refasse autour de l’ongle.
Quand des mains abîmées doivent passer chez le dermatologue
Une sécheresse simple n’a rien d’inquiétant. Si elle persiste malgré des soins réguliers, le service public d’information en santé (Santé.fr) recommande toutefois de consulter. Certains signes justifient de ne pas attendre :
- des crevasses qui saignent, qui se rouvrent sans cesse ou qui ne se referment pas ;
- une rougeur, une chaleur, un gonflement ou du pus autour d’une fissure ou d’un ongle, avec ou sans fièvre, qui font penser à une infection ;
- des démangeaisons qui réveillent la nuit, de petites vésicules, une peau qui suinte ou des plaques épaisses qui pèlent, qui peuvent relever d’un eczéma ou d’un psoriasis ;
- une réaction nette à une crème, un savon ou des gants, brûlure ou rougeur qui s’étend ;
- des doigts gonflés, rouges ou violacés après le froid, qui ne vont pas mieux au bout de deux à trois semaines.
Le dermatologue, ou votre médecin traitant en premier recours, fera la part entre une peau simplement sèche et une maladie de peau qui demande un traitement. Les personnes diabétiques ont intérêt à consulter plus tôt pour toute plaie des doigts ou du pourtour des ongles qui traîne, le risque d’infection étant plus élevé. Et si vos mains s’abîment surtout au travail, au contact répété de l’eau, de produits ou de gants, parlez-en aussi au médecin du travail.
Un dernier conseil, très concret : posez un tube de crème à côté de chaque point d’eau de la maison, cuisine comprise, et glissez-en un autre dans la poche de votre manteau. Préférez les tubes aux pots, dans lesquels on plonge des doigts pas toujours propres ; si vous tenez à un baume en pot, prélevez-le avec une petite spatule propre, comme le recommandent les dermatologues britanniques.
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