Guide des soins · Massages
Massage femme enceinte : à partir de quand, et avec quelles précautions
Pourquoi tant d’instituts attendent le deuxième trimestre, pourquoi l’on masse une femme enceinte sur le côté, quelles grossesses demandent un avis médical d’abord, et ce qu’un massage prénatal peut réellement apporter.
- À partir de
- 2e trimestre, le plus souvent
- Position
- sur le côté, avec des coussins
- À éviter
- huiles aromatiques, hammam, sauna
- Avant
- avis de la sage-femme ou du médecin

Beaucoup d’instituts refusent les femmes enceintes pendant le premier trimestre, et quelques-uns n’en massent aucune, quel que soit le terme. On en déduit souvent qu’un massage pourrait provoquer une fausse couche. Ce n’est pas ce que montre la littérature scientifique : une analyse publiée en 2023 dans l’International Journal of Therapeutic Massage & Bodywork conclut que rien ne permet de penser qu’un massage pendant la grossesse augmente ce risque. La prudence des instituts a d’autres raisons, que l’on comprend mieux en regardant ce qu’est un massage femme enceinte bien conduit : une autre position, des gestes plus légers, aucune huile parfumée, et un feu vert médical quand la grossesse le demande.
À partir de quel mois peut-on recevoir un massage prénatal ?
Le massage de bien-être n’est pas un acte médical, et nous ne connaissons aucune recommandation officielle française qui fixe un mois à partir duquel il serait possible. Dans les faits, beaucoup d’instituts acceptent les femmes enceintes à partir du deuxième trimestre, soit à partir du quatrième mois environ, et certains exigent un mot de la sage-femme ou du médecin.
Pourquoi attendre, si le massage n’est pas en cause ? D’abord parce que les fausses couches spontanées surviennent le plus souvent pendant le premier trimestre. Elles concernent 8 à 15 % des grossesses reconnues et, dans la grande majorité des cas, rien n’aurait pu les éviter. Un institut ne veut pas qu’une coïncidence soit vécue comme une conséquence, ni par la cliente, ni par lui-même. Ensuite parce que les premières semaines s’accompagnent souvent de nausées et d’une fatigue qui rendent une heure allongée moins agréable qu’on ne l’imagine. Si vous avez envie d’un massage plus tôt, parlez-en à votre sage-femme ou à votre médecin ; l’institut reste libre de refuser, et ce n’est pas un mauvais signe.
Vous lirez peut-être aussi qu’il faut éviter de masser certains points des chevilles, des mains ou des épaules, qui pourraient déclencher des contractions. Les autrices de l’analyse de 2023 se sont penchées précisément sur ce type d’affirmations, très présentes dans les supports de formation au massage prénatal : elles concluent que rien, dans la physiologie de la grossesse, ne permet de penser qu’un massage augmente le risque de fausse couche, quelle que soit la zone massée. Beaucoup de praticiennes évitent malgré tout ces zones par habitude ou par précaution, et cela ne retire rien au soin.
Les grossesses pour lesquelles le massage attendra
Certaines situations demandent un avis médical avant tout massage, et souvent un report pur et simple :
- une grossesse suivie comme à risque, ou une grossesse multiple avec des complications ;
- des saignements, des contractions, une menace d’accouchement prématuré ;
- un placenta bas inséré (placenta praevia) ;
- une hypertension de la grossesse ou une pré-éclampsie ;
- une phlébite, actuelle ou passée, ou un trouble de la coagulation ;
- de la fièvre, une infection, une maladie cardiaque ou rénale.
Le cas de la phlébite mérite qu’on s’y arrête. La grossesse augmente le risque de thrombose veineuse : le sang circule plus lentement dans les jambes et coagule plus facilement, et ce risque reste élevé dans les semaines qui suivent l’accouchement. C’est la raison pour laquelle un massage prénatal bien conduit reste léger sur les mollets et les cuisses, sans pression profonde. Et c’est pourquoi une douleur inhabituelle dans un mollet, une jambe gonflée, chaude ou rouge doit conduire chez un médecin sans attendre, jamais sur une table de massage. Même réflexe pour un gonflement brutal du visage ou des mains, des maux de tête inhabituels ou des troubles de la vue : ces signes se signalent sans attendre à la maternité.
Pourquoi le massage d’une femme enceinte se fait sur le côté
Le principal changement du massage des femmes enceintes tient à la position. À mesure que l’utérus grossit, rester longtemps allongée à plat sur le dos devient inconfortable et peut provoquer un malaise : l’utérus comprime la veine cave, la grosse veine qui ramène le sang de la moitié inférieure du corps vers le cœur. La position sur le ventre, elle, devient vite impossible. Le massage se fait donc en position latérale, le plus souvent sur le côté gauche, avec un coussin sous la tête, un autre entre les genoux, parfois un troisième pour soutenir le ventre. On change de côté à mi-séance. Pour les épaules, la nuque ou les jambes, la praticienne peut aussi vous installer en position semi-assise, le dos bien relevé.
Les gestes sont plus lents et plus légers que dans un massage classique. Les zones les plus demandées sont le bas du dos, les épaules, la nuque, les jambes et les pieds. Le ventre n’est massé que si vous le souhaitez, par des effleurages très légers ; beaucoup de femmes préfèrent qu’on n’y touche pas. Et rien n’oblige à rester allongée jusqu’au bout : si vous avez besoin de vous lever ou d’aller aux toilettes en cours de séance, dites-le.
Les mêmes règles valent à la maison, si votre conjoint vous masse le bas du dos le soir : installez-vous sur le côté avec un coussin entre les genoux, ou assise à l’envers sur une chaise, les bras posés sur le dossier ; utilisez une huile végétale neutre ; gardez des gestes lents, appuyés de chaque côté de la colonne et jamais sur elle, et restez léger sur les mollets.
Les huiles parfumées, le hammam et le sauna attendront
Les huiles essentielles sont le point sur lequel les recommandations sont les plus nettes. Ces extraits très concentrés peuvent passer la barrière de la peau, et les données sur leur innocuité pendant la grossesse manquent pour beaucoup d’entre eux. Interrogé sur le cas d’une esthéticienne enceinte qui pratiquait chaque jour des massages avec ces produits, l’INRS conclut qu’il est prudent d’éviter l’exposition, en particulier pendant les trois premiers mois. Le Vidal cite par ailleurs plusieurs essences à proscrire sous toutes leurs formes pendant la grossesse, dont celles de genévrier, de menthe pouliot, de muscade et de thuya. Le plus simple est donc de demander une huile végétale neutre, sans parfum ajouté, et de refuser poliment le « mélange spécial future maman » s’il contient des extraits aromatiques.
La chaleur forte appelle la même prudence. Une élévation importante de la température du corps dans les toutes premières semaines de grossesse, quand se forme le tube neural, est associée dans plusieurs études à un léger surcroît de risque d’anomalies de fermeture du tube neural, et les services d’information spécialisés recommandent de limiter sauna et bains très chauds pendant toute la grossesse. Hammam, sauna et bains bouillonnants exposent aussi à des malaises, la tension étant souvent plus basse qu’à l’ordinaire. Notre fiche sur les bienfaits du hammam détaille ces précautions.
Ce qu’un massage peut apporter pendant la grossesse
Les études sur le massage prénatal existent, mais elles sont peu nombreuses et souvent menées sur de petits groupes. Une étude américaine publiée en 1999, souvent reprise, portait sur 26 femmes : celles qui avaient reçu deux massages de vingt minutes par semaine pendant cinq semaines disaient se sentir moins anxieuses, mieux dormir et avoir moins mal au dos que celles du groupe de comparaison. C’est encourageant, mais insuffisant pour en tirer des conclusions générales.
Ce que l’on peut raisonnablement attendre, c’est un soulagement passager des tensions du dos et des jambes et un vrai moment de détente, à une période où le corps change vite et où bien des solutions habituelles, médicaments compris, sont limitées. Ce n’est pas un traitement. Aucune donnée solide ne montre qu’une crème ou une huile appliquée en massage prévienne les vergetures, et une douleur qui persiste se signale à la sage-femme plutôt qu’à la praticienne.
Le conseil le plus utile tient en une phrase : signalez votre grossesse dès la prise de rendez-vous, dans n’importe quel institut, en précisant votre terme et ce que votre sage-femme ou votre médecin vous a dit. Un établissement qui ne pose aucune question à une femme enceinte n’est pas plus accueillant qu’un autre, il est moins prudent. La maison ne propose pas de massage prénatal spécifique. Si vous attendez un enfant et souhaitez venir, dites-le avant de réserver : l’équipe vous dira honnêtement ce qui est envisageable à votre terme. Un soin court centré sur le visage, comme la Pause Visage, se discute plus facilement qu’un passage au hammam, que nous déconseillons pendant la grossesse. Nos coordonnées figurent sur la page informations pratiques.
Sources consultées
- Applying Scientific Rationale to the Current Perceptions and Explanations of Massage and Miscarriage in the First Trimester (Fogarty, Werner, James, IJTMB, 2023)
- Massages professionnels aux huiles essentielles : existe-t-il des risques reprotoxiques ? (INRS, QR 81, 2013)
- Fever / Hyperthermia (MotherToBaby, NCBI Bookshelf)
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