Guide des soins · Massages
Massage thaï : étirements, pressions et précautions avant de s’allonger
Le massage thaï traditionnel se reçoit habillé, sur un matelas posé au sol, et mêle pressions rythmées et étirements guidés. Inscrit au patrimoine culturel immatériel de l’UNESCO en 2019, il demande aussi quelques précautions, à commencer par la nuque.
- Origine
- Thaïlande, tradition paysanne
- Tenue
- habillé, sur un matelas au sol
- UNESCO
- patrimoine immatériel depuis 2019
- Produit
- aucun ; huile dans la variante

Dans un salon de Bangkok comme dans un institut français, la première surprise du massage thaï est la même : on vous tend un pantalon ample et une tunique, et l’on vous invite à vous allonger sur un matelas posé à même le sol. Pas d’huile, pas de table. Pendant une heure, parfois deux, le praticien va presser, bercer et surtout étirer votre corps, en se servant de ses mains mais aussi de ses coudes, de ses genoux et de ses pieds. C’est une expérience plus active que la plupart des massages, et c’est précisément ce qui la rend agréable pour les uns, déroutante pour les autres.
Le nuad thai, de la rizière au patrimoine de l’UNESCO
En Thaïlande, on parle de nuad thai. L’UNESCO l’a inscrit en 2019 sur la liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité, en le décrivant comme une thérapie manuelle non médicale, née des soins que la société paysanne pratiquait entre ses membres. Chaque village avait ses masseurs, consultés pour les douleurs du travail aux champs. Ce savoir s’est ensuite structuré, et l’on distingue aujourd’hui un nuad thai à visée thérapeutique et un nuad thai d’entretien de la santé, celui que l’on rencontre dans les instituts.
La tradition lui prête un fondateur, Jivaka, médecin du Bouddha ; rien ne permet de l’établir historiquement. La trace la plus solide se trouve à Bangkok, au temple Wat Pho. Sous le règne de Rama III, dans la première moitié du XIXe siècle, on y a gravé dans la pierre un vaste corpus de textes, dont une partie consacrée à la médecine et au massage. Ces 1 431 inscriptions ont rejoint en 2011 le registre Mémoire du monde de l’UNESCO, et le temple abrite toujours une école de massage.
Sur un matelas au sol, habillé, sans huile
Comme pour le shiatsu, on garde ses vêtements, et les mains travaillent à travers le tissu. Le matelas au sol n’est pas un détail : il permet au praticien de se placer au-dessus de vous, de s’agenouiller, de prendre appui d’un pied sur une cuisse, et de doser la pression avec le poids de son corps plutôt qu’avec la seule force de ses bras.
La séance suit en général un ordre ascendant, des pieds vers les jambes, puis le dos, les bras, la nuque et la tête. Les pressions se succèdent le long de lignes, les sen, sur lesquelles la tradition situe la circulation de l’énergie ; la même tradition cherche à rééquilibrer quatre éléments du corps, la terre, l’eau, le vent et le feu. Entre deux séries de pressions viennent les étirements. Le praticien croise une jambe sur l’autre, tire les bras vers l’arrière, vous installe sur le côté ou assis pour une torsion du buste. Vous restez passif, c’est lui qui guide le mouvement : d’où le surnom de « yoga passif » que l’on donne parfois au massage thaï.
Ce que l’on ressent, pendant et après
Les pressions du massage thaï sont plus appuyées que celles d’un massage à l’huile, et certains étirements vont jusqu’à la limite de votre souplesse. La sensation dominante n’est pas l’enveloppement mais l’ouverture : des hanches qui se décollent du matelas, un dos qui s’allonge, une respiration qui se libère pendant la torsion. L’objectif affiché est de se relever plus mobile qu’on ne s’est allongé. Après une séance appuyée, une sensibilité musculaire le lendemain n’a rien d’inquiétant.
Le praticien ne devine pas votre seuil de confort si vous ne l’exprimez pas. En Thaïlande, deux mots suffisent : « bao bao », qui signifie « doucement ». En France, dites simplement que la pression ou l’étirement est trop fort, à n’importe quel moment. Une douleur vive, un fourmillement dans un bras ou une jambe sont des signaux d’arrêt, pas des étapes à franchir.
Le massage thaï à l’huile, une variante plus douce
De nombreux instituts proposent aussi un massage thaï à l’huile. Il se pratique en sous-vêtements, sous une serviette, souvent sur une table. Les pressions le long des lignes demeurent, les mouvements glissés prennent plus de place et les grands étirements disparaissent presque. Le résultat se rapproche d’un massage de bien-être occidental, avec un toucher plus appuyé. C’est une bonne porte d’entrée si l’idée d’être étiré vous inquiète, ou si votre dos supporte mal les torsions ; ce n’est simplement pas la même pratique que le nuad thai traditionnel. Certains salons ajoutent des compresses chaudes de plantes, appliquées sur les zones tendues : un geste ancien, que l’UNESCO mentionne dans sa description du nuad thai.
À qui convient le massage thaï, et qui devrait s’en passer
Le massage thaï convient bien aux personnes en bonne santé qui aiment un toucher franc et apprécient de bouger : sportifs, personnes raides après des journées assises, amateurs de yoga. Il convient moins à qui cherche un abandon complet, sans participation, ou supporte mal d’être manipulé.
Plusieurs situations demandent l’avis d’un médecin avant de réserver, ou le choix d’un autre soin : ostéoporose, hernie discale ou chirurgie récente du dos, prothèse de hanche ou de genou, phlébite ou antécédent de thrombose, traitement anticoagulant. Pendant la grossesse, la version traditionnelle, avec ses pressions profondes et ses torsions, n’est pas adaptée ; parlez-en à votre sage-femme. On reporte aussi en cas de fièvre, de blessure récente ou d’infection.
Prudence avec la nuque, et ce que disent les études
La nuque mérite une attention particulière. Les rotations brusques et les « craquements » cervicaux sont des manipulations, pas des étirements, et les manipulations du cou comportent des risques rares mais graves : elles n’ont pas leur place dans un massage de bien-être. Si un praticien s’apprête à vous faire pivoter brusquement la tête, refusez.
Côté recherche, l’agence espagnole d’évaluation des technologies de santé a examiné en 2020 les études sur le massage thaï. Ses conclusions sont prudentes : certains essais rapportent un bénéfice sur la douleur et la fonction, mais leurs petits effectifs et leurs biais empêchent de trancher ; la pratique semble bien tolérée, sans que les données permettent d’exclure des complications.
Pour une première fois, préférez une séance d’une heure à une séance de deux, et signalez dès le départ une zone fragile : un étirement se prépare, il ne s’improvise pas en cours de route. En France, le massage thaï n’est pas une profession réglementée ; demandez au praticien où il s’est formé et pendant combien de temps, et, s’il évoque une école thaïlandaise comme celle de Wat Pho, à voir le certificat.
La maison ne pratique pas le massage thaï. Si vous pensiez à un massage partagé, L’Escale à Deux réunit deux massages simultanés dans la suite duo, après un passage aux bains. Si c’est plutôt un dos raide qui vous décide, Dos & Nuque s’y consacre en trente minutes, par des mouvements enveloppants et des pressions adaptées à ce que vous indiquez.
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