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Guide des soins · Massages

Massage ayurvédique : l’huile tiède, le rythme et ce qu’on peut en attendre

Le massage ayurvédique le plus courant, l’abhyanga, tient en peu de choses : beaucoup d’huile tiède, souvent de sésame, et des gestes réguliers du crâne aux pieds. Ce qu’il apporte réellement, ce que la tradition lui prête, et les cas où mieux vaut s’en passer.

Origine
Inde, médecine ayurvédique
Nom courant
abhyanga, massage à l’huile
Huile
sésame le plus souvent, tiédie
Pression
moyenne, rythme régulier
Tasse en céramique et linge au bord de l’eau

Un massage ayurvédique se reconnaît d’abord à la quantité d’huile. Là où un massage de bien-être occidental en utilise juste assez pour que les mains glissent, l’abhyanga, sa forme la plus répandue, en dépose largement, souvent jusque dans les cheveux. On sort de la séance la peau luisante, et c’est voulu. Derrière cette huile, il y a l’ayurveda, la médecine traditionnelle de l’Inde, qui fait de ce massage un geste d’hygiène quotidienne bien plus qu’un soin d’exception. Avant de réserver, il vaut la peine de distinguer ce que la tradition raconte de ce que l’on peut raisonnablement attendre d’une heure sur la table.

L’huile de sésame, tiède et en abondance

L’huile de base est le plus souvent l’huile de sésame. Pas celle, brune et très parfumée, de la cuisine asiatique, obtenue à partir de graines grillées : une huile claire, pressée à froid, à l’odeur discrète. Certains praticiens y font macérer des plantes, d’autres préfèrent une huile de coco ou d’amande selon la saison ou la personne. Les textes classiques recommandent déjà l’onction d’huile au quotidien : l’Ashtanga Hridaya, l’un des grands traités de l’ayurveda, la range parmi les gestes de la routine quotidienne et demande d’insister sur la tête, les oreilles et les pieds.

L’huile est tiédie avant la séance, au bain-marie ou dans un chauffe-flacon. Tiède veut dire à peine plus chaude que la peau. Le bon réflexe, en cabine comme chez soi, consiste à en verser quelques gouttes à l’intérieur du poignet avant d’en couvrir un dos : une huile trop chaude ne rend pas le massage plus profond, elle le rend désagréable, et elle peut brûler.

Un point passe souvent à la trappe : le sésame fait partie des quatorze allergènes alimentaires que la réglementation européenne impose de signaler. Si vous êtes allergique au sésame, ou si vous ignorez ce que contient l’huile proposée, posez la question avant de vous installer.

Comment se déroule un massage abhyanga

La séance commence en général par quelques questions sur votre forme du moment, votre sommeil, votre digestion. Elles relèvent de la logique ayurvédique, dont il est question plus bas, et servent aussi, plus prosaïquement, à repérer une contre-indication. Vous vous déshabillez ensuite, en gardant le plus souvent un sous-vêtement jetable, et vous vous allongez sur une table protégée, parce que l’huile coule.

Beaucoup de praticiens commencent par la tête : l’huile est massée dans le cuir chevelu, autour des oreilles, sur la nuque. Le corps vient ensuite, membre par membre. Les mouvements sont longs sur les bras et les jambes, circulaires autour des articulations, et les pieds reçoivent autant d’attention que la tête. Dans certaines traditions, deux praticiens travaillent en miroir, de part et d’autre de la table, avec des gestes synchronisés.

Ce qui frappe, surtout la première fois, c’est le rythme. Il est régulier, presque métronomique, moins lent et moins enveloppant que celui d’un massage californien, moins appuyé que celui d’un massage sportif. La pression reste moyenne : l’abhyanga agit par la répétition et par la chaleur de l’huile plus que par la force. En institut, comptez généralement une heure. À la fin, on vous laisse parfois quelques minutes, l’huile sur la peau, avant de passer sous la douche.

Vata, pitta, kapha : un cadre traditionnel, pas un diagnostic

Le questionnaire du début renvoie à la théorie des trois doshas. Selon l’ayurveda, chaque personne naît avec une constitution propre, la prakriti, faite d’un dosage particulier de vata (associé à l’air et à l’espace), de pitta (le feu et l’eau) et de kapha (la terre et l’eau). Le praticien choisit l’huile, le rythme et la pression en conséquence : un massage plus lent et plus couvrant pour une constitution dite vata, plus vif et plus léger en huile pour une constitution dite kapha.

Ce cadre a une cohérence interne et une longue histoire. Il n’est pas reconnu pour autant par la médecine scientifique : l’existence des doshas n’a jamais été démontrée, et s’en servir pour diagnostiquer ou traiter une maladie relève de la pseudoscience. Dans un institut de bien-être, mieux vaut le prendre pour ce qu’il est : une façon de parler de votre état du jour et d’ajuster le geste. Si un praticien en tire des conclusions sur votre santé, ou vous suggère de modifier un traitement, c’est le moment de prendre vos distances.

Ce que le massage ayurvédique apporte, sans exagérer

Les brochures prêtent à l’abhyanga beaucoup de vertus : purification, rajeunissement, rééquilibrage de l’énergie. Les données sont nettement plus minces. L’étude la plus souvent citée, publiée en 2011 dans une revue américaine consacrée aux médecines complémentaires, a suivi vingt adultes en bonne santé pendant une seule séance d’une heure. À la sortie, le stress ressenti avait baissé, la fréquence cardiaque aussi, et la tension artérielle seulement chez ceux qui l’avaient un peu élevée au départ. Sans groupe témoin et sur vingt personnes, ce travail montre surtout qu’une heure de massage détend, ce que l’on sait de la plupart des massages.

Ce que vous pouvez attendre, donc : une détente franche, une sensation de chaleur qui dure un moment après la séance, une peau assouplie par l’huile pour la journée. C’est déjà beaucoup. Ce que rien ne vient étayer : une « purification » de l’organisme, un effet sur une maladie ou un ralentissement du vieillissement.

Shirodhara et udvartana, les autres noms de la carte

L’abhyanga n’est pas le seul soin ayurvédique proposé en France. Le shirodhara consiste à verser un filet continu d’huile tiède sur le front, depuis un récipient suspendu au-dessus de la tête, pendant que vous êtes allongé. La sensation est singulière, entre engourdissement et somnolence, et ne plaît pas à tout le monde : mieux vaut connaître l’abhyanga avant de s’y essayer. L’udvartana remplace l’huile par des poudres de plantes, parfois liées en pâte, frictionnées sur la peau ; c’est un soin tonique, très éloigné de la douceur de l’abhyanga. On rencontre aussi le padabhyanga, un massage des pieds à l’huile, et des soins du visage issus de la même tradition.

Quand mieux vaut s’abstenir

La tradition elle-même déconseille l’abhyanga en cas d’indigestion : on évite donc de réserver juste après un repas copieux. Les autres précautions sont celles de tout massage à l’huile. Fièvre, infection en cours, maladie de peau étendue ou brûlure récente : on reporte. Phlébite ou antécédent de thrombose, traitement anticoagulant, ostéoporose marquée, opération récente : on en parle à son médecin avant de prendre rendez-vous. Pendant la grossesse, demandez l’avis de votre sage-femme ou de votre médecin, et choisissez une praticienne habituée à adapter la position et la pression ; la question est traitée plus largement dans la fiche consacrée au massage de la femme enceinte.

Reste un détail que l’on découvre en se relevant : l’huile rend la plante des pieds glissante. Posez les pieds sur la serviette plutôt que sur le carrelage, et gardez une main sur la table en descendant. Prévoyez aussi une brosse et une pince : après un massage du crâne, les cheveux ne retrouvent pas leur tenue avant le prochain shampooing. Dans la pratique ayurvédique, l’huile est souvent suivie d’un temps de chaleur ; si vous enchaînez avec un hammam, rincez au moins vos pieds avant d’y entrer.

La maison ne pratique pas le massage ayurvédique. Si c’est le temps long et la régularité du geste qui vous attirent, le Grand Massage consacre 70 minutes au corps, à un rythme qui suit vos préférences, et le Corps Sur Mesure en propose une version d’une heure. Les deux se combinent volontiers avec un passage au hammam avant le soin.

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