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Guide des soins · Massages

Shiatsu : ce qui se passe pendant une séance, et ce qu’on en sait vraiment

Le shiatsu se reçoit habillé, allongé sur un futon, sous la pression des pouces et des paumes. Une pratique japonaise que l’on confond souvent avec un massage, et dont les bienfaits établis sont plus modestes que ne l’annoncent la plupart des brochures.

Origine
Japon, codifié au XXe siècle
Tenue
habillé, sur un futon au sol
Durée
environ une heure
Prix moyen
50 à 70 € la séance en France
Suite de soins ouverte sur un patio

Pour une première séance de shiatsu, on vous demandera sans doute de venir en vêtements souples, un pantalon de coton ou un jogging. Vous ne vous déshabillerez pas, aucune huile ne sera utilisée, et la séance aura lieu le plus souvent au sol, sur un futon. Le shiatsu est une pratique japonaise fondée sur des pressions exercées avec les pouces, les doigts et les paumes, parfois les coudes ou les genoux. Il se présente volontiers comme une thérapie ; les études disponibles invitent à davantage de modestie. Les deux faces méritent d’être connues avant de réserver.

Une heure sur un futon, en vêtements souples

La séance commence par un échange : ce qui vous amène, la qualité de votre sommeil, les zones qui vous gênent. Selon les écoles, le praticien observe ensuite votre posture et votre respiration, et palpe parfois le ventre, que le shiatsu appelle le hara. Puis vous vous allongez, sur le dos, sur le ventre ou sur le côté, et le travail commence.

La pression du shiatsu est perpendiculaire. Le pouce ou la paume s’enfonce vers l’intérieur du corps, s’arrête quelques secondes, se retire, puis se déplace de quelques centimètres. Rien ne glisse sur la peau. À ces pressions s’ajoutent des étirements et des mobilisations : le praticien soulève une jambe, fait tourner une épaule, étire un bras pendant que vous expirez. Il travaille souvent avec le poids de son corps plutôt qu’avec la force de ses bras, ce qui explique en partie le choix du sol plutôt que d’une table haute.

La sensation peut surprendre. Certaines pressions sont franchement agréables, d’autres réveillent un point sensible, à la limite de la douleur. Un bon praticien vous demande de le signaler et ajuste aussitôt ; l’adage selon lequel « plus ça fait mal, plus ça fait du bien » n’a aucune raison d’être pris au sérieux. Une séance dure en général une heure, parfois un peu plus. Après la séance, une légère fatigue, un mal de tête ou une raideur musculaire peuvent apparaître ; ils passent en général d’eux-mêmes en quelques heures.

Ce que veut dire shiatsu, et d’où il vient

Le mot japonais shiatsu signifie littéralement « pression des doigts ». La pratique descend de l’anma, le massage traditionnel japonais, lui-même héritier de techniques venues de Chine. Le terme apparaît dans des ouvrages japonais du début du XXe siècle, mais c’est Tokujiro Namikoshi (1905-2000) qui en fait une méthode à part entière. Il ouvre son premier cabinet à Hokkaido en 1925, fonde ensuite une école à Tokyo dans les années 1940 et contribue à faire reconnaître le shiatsu par l’État japonais comme une pratique distincte du massage. Shizuto Masunaga, l’un de ses élèves, développera plus tard le zen shiatsu, qui accorde une place centrale aux méridiens et au bilan par le ventre.

Au Japon, le shiatsu relève aujourd’hui d’une licence nationale, commune avec l’anma et le massage, délivrée après plusieurs années de formation et un examen national. Les écoles pour personnes malvoyantes préparent encore à cet examen, dans le prolongement d’une longue tradition japonaise du massage pratiqué par des aveugles.

Méridiens et tsubo, une carte plutôt qu’une anatomie

Le shiatsu emprunte à la médecine chinoise l’idée d’une énergie vitale, le ki (qi en chinois), qui circulerait dans le corps le long de méridiens. Les points de pression situés sur ces trajets s’appellent tsubo. Le praticien les choisit d’après ce qu’il a observé au début de la séance : une zone jugée « vide » sera soutenue par une pression longue et tranquille, une zone jugée « pleine » travaillée plus activement.

Il faut le dire nettement : ni le ki ni les méridiens n’ont jamais été observés comme des structures physiques. Ce ne sont ni des nerfs, ni des vaisseaux, même si leurs trajets croisent forcément des muscles et des tendons. On peut les considérer comme une carte, un langage partagé entre praticiens qui organise la séance et lui donne sa cohérence. Ce langage n’a pas besoin d’être exact pour que la pression soit agréable ; il devient un problème lorsqu’il sert à expliquer une maladie ou à justifier l’abandon d’un traitement.

Les bienfaits du shiatsu, d’après les études disponibles

La revue la plus complète sur le sujet a été publiée en 2011 par une équipe de la London South Bank University. Sur plus de 1 700 publications identifiées, elle n’a retenu que neuf études consacrées au shiatsu, dont un seul essai randomisé, et a jugé l’ensemble insuffisant, en quantité comme en qualité, pour conclure à un effet sur une affection précise. L’acupression, sa cousine, qui se limite à la pression de points précis, s’en sortait mieux, avec des résultats encourageants sur certaines douleurs, les nausées après une opération et le sommeil de personnes âgées vivant en établissement.

Cancer Research UK, l’organisme britannique de recherche sur le cancer, résume ainsi la situation : aucune preuve scientifique ne montre que le shiatsu puisse soigner ou prévenir une maladie, cancer compris, et la plupart des études menées jusqu’ici portent sur de petits effectifs.

Ce que rapportent les personnes qui en reçoivent est plus simple : une détente profonde, une sensation de corps plus mobile, parfois un meilleur sommeil. Ces effets sont plausibles, ce sont ceux que l’on attend d’une heure de toucher attentif, et ils suffisent à justifier une séance. Ils ne font pas du shiatsu un traitement du mal de dos, de l’anxiété ou de la fatigue chronique. Si un problème de santé vous amène, gardez votre médecin dans la boucle. Et une seule séance suffit pour savoir si la pratique vous plaît : méfiez-vous d’un forfait de dix séances proposé d’emblée pour « rééquilibrer » un trouble de santé.

Shiatsu ou massage, la différence ne tient pas qu’aux vêtements

Un massage de bien-être, tel qu’on le pratique en institut, se reçoit sur une table, avec une huile ou une crème : les mains glissent, enveloppent, pétrissent. Le shiatsu se reçoit habillé, au sol, sans produit, et procède par pressions statiques et étirements. La logique change aussi : un massage suit le relief des muscles, le shiatsu suit le tracé des méridiens et le bilan du début de séance. Il vous demande enfin une participation discrète, comme expirer au moment indiqué ou laisser aller un membre que le praticien soulève.

Le shiatsu convient bien à qui n’a pas envie de se déshabiller, préfère une pression franche à des mouvements glissés ou aime être étiré. Il convient moins si vous cherchez un moment enveloppant, où l’on ne vous demande rien, et il suppose de pouvoir s’allonger au sol puis se relever sans difficulté. Si c’est compliqué pour vous, demandez au praticien s’il travaille aussi sur table ou sur chaise : certains le font.

Il a des cousins proches. Le tui na chinois partage la même théorie mais recourt à des gestes plus variés et plus dynamiques ; le massage amma assis, pratiqué sur une chaise en entreprise, descend directement de l’anma japonais.

En France, un métier libre, sans titre protégé

Le shiatsu n’est pas une profession de santé en France, et son exercice n’est pas réglementé : aucun diplôme n’est exigé pour s’installer. Les praticiens se forment dans des écoles privées, souvent rattachées à une fédération ou à un syndicat professionnel. En 2021, la commission de France Compétences a rendu un avis défavorable au renouvellement du titre de « spécialiste en shiatsu » au répertoire national des certifications professionnelles, en raison d’une insertion professionnelle jugée insuffisante. Concrètement, deux praticiens peuvent afficher la même étiquette avec des parcours sans commune mesure : demandez combien d’heures a duré la formation, et dans quelle école.

Côté budget, une enquête menée en 2018 par le syndicat professionnel du secteur situait le prix moyen autour de 50 € la séance. En France, comptez généralement entre 50 et 70 € pour une heure, souvent davantage à Paris. L’Assurance maladie ne rembourse pas le shiatsu ; certaines mutuelles en prennent une partie en charge au titre des médecines douces, selon le contrat.

Avant une première séance, signalez une grossesse, une ostéoporose, un traitement anticoagulant, une opération récente ou une fièvre : selon les cas, le praticien adoucira la pression, évitera certaines zones ou vous proposera de reporter. Évitez un repas copieux juste avant, et choisissez un haut sans boutons ni fermeture dans le dos, puisque vous serez allongé dessus une bonne partie de l’heure.

La maison ne pratique pas le shiatsu. Si ce sont surtout les pressions sur le haut du dos qui vous attirent, Dos & Nuque consacre vingt minutes au dos, aux épaules et à la nuque, avec des pressions adaptées à ce que vous indiquez au début du soin ; le Corps Sur Mesure élargit le travail à tout le corps en une heure. Les deux relèvent du massage de bien-être, reçu allongé dans une suite de soins, et non du shiatsu.

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